mercredi 16 octobre 2013

Precision a nos lecteurs frustres du manque de photo


Desoles...

Bah oui bah oui, on sait... mais on est des cyclo "as been", on n'a pas d'ordinateur ou de telephone portable qui connecte et clic clic, on arrive pas a trouver des boites et de bonnes connexions sur la route pour telecharger ces monstres de dossiers photos... Et puis maintenant qu'on en a trouve une, toutes nos cartes photos sont bloquees, parce que la derniere fois qu'on les a mises sur un ordi, c'etait un Mac. Il a tout formate, donc Windows, qui est le monopole en Asie centrale, est incapable de reouvrir tout ca... Bravo, merci l'industrie informatique. Donc ben... ce sera plus tard. En France surement, Inchallah ! En attendant, on blinde de texte (au moins, ca c'est fait), a vous d'imaginer le reste...

Les retrospectives de Xavier (2)

16 octobre 2013

Ce visa chinois... nous regrettons tellement de ne pas l'avoir fait a Teheran... Mais les "lois et regulations" des ambassades changent tellement, d'un jour a l'autre ou selon les nationalites. Si seulement le consulat de Tashkent nous donnait 2 mois pour entrer le pays (1 mois via la Pamir, mission impossible!!), tout serait bien plus simple. Et si Rohloff avait envoye ce foutu bloc plus tot... Alors on decide a Tashkent de laisse tomber ce visa chinois, et de partir dans la Pamir. On esperait que la situation a Bishkek (Kyrghystan) se serait debloquee d'ici la... Mais apres avoir passe nos premiers 10.000kms dans la descente du plateau de la Pamir, et aux dires des rares cyclos que nous avons rencontre, nous savons que la situation a Bishkek est la meme, ou du moins selon les on-dit, il serait peut-etre possible si nous avions un visa kyrghyze de 6 mois, via Ms Liu, le contact agence a Bishkek qui degote un visa 1 mois uniquement... 
Une autre option? Retour a Tashkent, donc du coup repayer un visa ouzbek (75$ par personne) et les registrations (10$ tous les 3 jours en moyenne...), monter un dossier beton pour le consulat pour esperer avoir 3 mois de visa en sachant que nous sommes francais... et surtout en prenant soin de ne pas mentionnner le mot "velo".
Option No 3 : L'ambassade d'Almaty au Kazakstan, mais elle semble avoir fermee elle aussi ses portes aux touristes.
ET MERDE !
Option No 4 : Prendre un avion pour Teheran, repayer un visa iranien et faire vite fait bien fait un joli visa chinois avec 3 mois pour entrer et 3 mois dans le pays ? Quant bien meme apres tant de kilometres a la force de nos mollets. Ce serait tellement frustrant ! Le voyage, ses embuches administratives, nous a-do-rons. Et encore nous sommes francais et nous avons pu avoir tous nos visas jusqu'ici sans trop de difficultes.
Mais alors, option No 5 : quitte a prendre l'avion, autant aller directement en Inde ou en Asie du Sud-Est ! Quant bien meme (bis) ! Sauter entre 6 et 8.000kms alors que nous en avons fait 10.000, que nous avons vu les paysages et les cultures changer au fur et a mesure, ce serait comme commencer un autre voyage... et toujours avec cette frustration qui l'accompagne...
Bon. Dans l'absolu, pourquoi pas ? Mais pour 3 mois ? Est-ce que cela vaut bien le coup ?? Car nous avons cette date butoire de debut mars 2014, le contrat de Camille avec l'agence ADEUS sur Strasbourg...
Reflechissons donc a 2 fois. Pourquoi se presser, etre frustre, rajouter du budget avion, prendre des risques pour les velos, debarquer dans une culture tellement differente sans voir ni sentir la progression a laquelle on est habitue, tout ca pour se lamenter sur un visa loupe a Teheran... et payer cher pour un retour avion en France depuis l'asie du sud-est...

Nous apprenons a l'instant que la fameuse Ms Liu a repris du service... A notre plus grande surprise, le visa chinois a 140$ pour un mois (cher paye), et 1 mois d'extension apparemment possible ??...
Il faut y reflechir et decider vite...

La Pamir, " un peu plus pres des etoiles ! "

29 septembre, Tadjikistan.

Les fillettes en bord de route, une cerpette a la main. Un groupe d'ecoliers, le costume noir et la jupe ondulee, tentent le stop pour rentrer dejeuner. Un papy au beret gris, tire sa vache au champs d'un pas serein. Parfois, des casquettes kakis depassent d'un muret de pierre, surveillent la frontiere afghane, un ancien champs mine, ou organisent la sortie d'une voiture tombee dans le ravin. Etrange atmosphere cette interface, ou seule la riviere fait frontiere. Le climat montagnard, sec et simple, un niveau de vie qui s'amoindri et contraste tant avec le bling bling dushambesque aux lunettes noires et chaussures cirees. Des foyers qui se nourrissent de peu, mais de leur champs, des epiceries au choix mince et redontant. Desert industriel et artisanal, ce monde rural semble etre le fief des ONG et des placements financiers d'une aide internationale. Autriche, Suisse, Allemagne, UE, UK, USA...  Au hasard des discussions, au hammam, ou accueillis dans les maisons, nous le decouvrons : le Pamir.

Sous leurs airs vaporeux, l'oeil luisant et le sourire genereux, deux alcooliques - euh... deux acolytes - nous invitent chez eux. Le premier nous offre un champs pour passer la nuit face a la riviere qui fait frontiere, et le second... une toute autre partie. Sarvalcho, dit "Sacha". "Tchai ! Tchai !" - nous lance-t-il. "Tchai, Water, Milk ! Kouchit, kouchit". Deux gros pains frais. Se rapprochant doucement, il tend son coup au dessus de la table, petits coups de doigt a la gorge... c'est parti. "Momento, experimento ! " Deux, puis quatre bouteilles de vodka. Un bakal pour tout le monde, petite inspiration prealable et...
Professeur de russe a la retraite, se papa ours nous prend d'affection, et nous donne enfin des clefs d'entree dans une culture qui change et se distingue tant des kilometres passes. Le Pamir... Il y a le Tadjikistan, le Kyrghystan, et le Pamir. A coup de dictionnaire, sa fille m'aide a traduire les maigres questions que je m'ose a poser. Le bloc sovietique a completement ferme la frontiere afghane. Logique. Terrain d'affrontement Est-Ouest. La fin de l'URSS, comme dans d'autres endroits, a entraine le retrait des investissements et abandonnes les infrastructures (eau, energie...). L'enseignement, la sante et quelques postes administratifs sont les seuls secteurs a emploi dans ces valles escarpees. Autrement, direction la Russie, puis retour au village, veaux et poulets arrondissent les fins de mois.
Nous faisons le tour de ces maisons "pamirski" ismaelites et comprenons le style d'interieur "a la Pamir". Entree sur la droite qui recoit les invites, salon sur la gauche et banquettes en carre, plafonds en lozange et les cinq piliers. Cinq piliers pour cinq prophetes, et le portrait d'Agah Kahn, 49eme imam de la communaute ismaelite. Originaire de la confederation suisse, il a finance les secteurs primordiaux dans le Pamir a la fute du bloc communiste, au Tadjikistan et Afghanistan entre autres. Reconstruit des ponts sur la frontiere, rehabilite des lieux de soins, d'education, des banques.
Reveilles encore ennivres, un dernier bakal a la main ferme plein d'amitie, nous quittons Sacha, les yeux brillants et l'air pimpant. "Momento, experimento"...

Nous y sommes. 4000 metres d'altitude. Les poumons s'etirent tant que se peut pour glaner un surplus d'oxygene. Pres de 4 jours de montee pour donner le temps au corps de s'adapter. Depuis le plateau, des tetes blanches pointues depassent de part et d'autres. Chefs de fil ou gardiennes des alentours, elles plantent leur pic dans l'horizon. 5000, 5700, et pourtant si proches de nous. Nous passons le premier col a 4200. La respiration et l'oxygene pompe rythment le corps. D'habitude c'est l'inverse, non ? 4000 metres d'altitude...
Le col de la jument blanche, dit "Ak-baital" (4655m) nous fait redescendre sur le lac Karakul. Trois jours de repos a 4000m. D'un jour a l'autre, nous trainons la tente et les velos a un autre coin du lac. Quelques yacks sur une pature jaunie par l'air sec d'altitude et les rayons d'un soleil qui n'est plus si haut. La nuit, la voie lactee, les etoiles filantes et des couches de soleil rappellent a Xavier les nuits polaires de Norvege. Le sel craque sous nos pieds comme une cuillere sur un crumble. Humm... le crumble... Le steak frite. Le poulet au four. La quenelle sauce tomate. La salade verte en vinaigrette facon memee. Le clafoutis. La choucroute. Le jus de fruits presse et la feuille de menthe. La glace a la vanille, la chantilly et les amandes effilees... Je ne pensais pas que cela arriverait. Mes papilles sont rebutees d'une nourriture maigre et rebutante de grande altitude. La diarhee, le souffle court et la nausee coupent l'appetit. Ca tombe plutot bien, car au programme, il n'y a rien. On erre sur le bord du lac, explore des vestiges communistes. Xavier revient de nul part a dos d'ane amadoue quelque part, la clope au bec et le regard au loin... "I am a lonesome donkeyboy"...

Pour tenter un repas un peu plus seduisant que les biscuits de l'ex-union sovietique durs comme du roc, les pates collantes et le riz au gout benzine, on visite quelques homestay et leurs restes de cuisine. Dans le salon, nos yeux tombent sur un calendrier "Pamir", et on feuillette les photos de tadjikes et de kirghizes de ce haut plateau. Bon sang, ces images de magazine reportage ou que l'on associait a des documentaires sur Arte, nous les avons vecues. Le Kirghize au chapeau noir et blanc qui nous salue, le petit matin partage avec une famille en yourt, la traite des yacks, les courses au bazard, les sourires des petites tadjikes emmitoufflees dans leurs couches de tissus multicolores... Nous l'avons vecu et cela me parait etre du reve. Notre cuisiniere kyrghyze m'en tire. "Green tea or black tee ? " Belle comme tout, le fichu sur la tete, la voix douce et l'allure posee. "Non" - me repond-elle. "Je suis de Murgab. Mais j'ai ete mariee ici. Je m'ennuie. Je reste a la maison toute la journee. Avant, j'etais infirmiere. Ici, il n'y a rien. Peu d'oxygene, peu de nourriture. Pas de tomate ou de mouton." J'ose ma question : Tu peux choisir ton mari ici ? "Non. Il est 15h, c'est ca ?" Oui c'est ca. Je me tue. Que cela doit etre etrange de devoir partager un jour soudain le lit d'un inconnu, lui apporter assistance et vivre dans le respect et la cohabitation d'une belle famille qui s'est arrangee avec son propre pere d'un mariage bien fait. Elle nous offre deux pains, elle m'embrasse. Merci, lui dis-je.
Et que l'hiver doit etre rude sur ce plateau. Loin du trafic, une nourriture rationnee, des puits geles, des coupures d'electricite, du vent et de la neige par - 40... Pain, the et lait de yack en fin de saison. Un maigre poele a la bouse de vache et aux racines d'arbustres pour chauffer une cuisine ou le carreau trop fin a fele il y a quelques mois surement. Un long manteau de fourrure pour recouvrir les bottes de cuir. Voila a quoi je pense alors que, assis a la table de cette cantine de village, la babouchka nous sert la soupe et un lagman bien chaud, une ficelle entre les deux oreilles ballotant dans son cou.

Le Pamir et ses secrets. La grandeur de son plateau. Un soleil permanent. Des etendues desertiques et caillouteuses que les yacks sillonnent, laissant derriere eux une trainee poussiereuse. Il faut decoller. Petite halte dans le no man's land chinois, pour rigoler ou pour se venger d'un visa chinois que nous n'avons pas. Nous rejoignons bientot la frontiere du Kirghizistan, a coups de pedales peu presses. Les coups de feu des militaires dans le no man's land nous rappelle une route que des kilos d'heroine sillonnent en direction de l'Europe, via Moscou... Et puis...

" Bienvenue ! " Tampon sur le passeport (07/10/13), "vous avez 2 mois ! " Quel soulagement. Enfin les vacances dans une Asie centrale ou les visas pressent les vagabonds de notre genre. Sari-tash. Le torrent devient une riviere, la plaine verte et grasse dessine la fin du plateau. Malgre l'automne, une odeur de printemps. La temperature remonte et l'athmosphere change de consistance. Xavier me parle devant sur son velo, mais maintenant, je peine a l'entendre. Le silence du Pamir est reste la-haut, et il nous faut nous reveiller d'un drole de reve...

Le Turkistan

Turkmenistan, Ouzbekistan, Tadjikistan... D'une dictature islamiste, nous entrons peu a peu dans l'ancien Turkistan. "Des pays musulmans pas comme les autres". Xavier le resume ainsi, et c'est tout a fait ca. Un melange de Salamalikum et de vodka. Drole de transition entre la douce chaleur a l'iranienne et la drole accolade a la russe.

7 aout 2013, Turkmenistan

Cinq jours seulement au Turkmenistan, c'est tellement peu. Visa transit uniquement, qui nous permet aussi d'eviter un visa touriste difficile a obtenir, que l'on paie une fortune et qui oblige a etre accompagne d'un guide.
Le passage a la frontiere au petit matin nous embarque dans une histoire russe encore vivante. Un poste de police sobre, des murs ravigores d'un vert pale et froid. Le regard sec, la tenue bourrue, le chef du scanner arrive enfin pour controler nos bagages. Il doit etre forme et specialiste du scan. Ouverture rapide des sacoches. La poches bleue ? "De la vodka." C'est bon, ils ont l'humour facile. Nous passons dans une piece blanche, un lit et un homme en blouse derriere son bureau. "Parrusski ?" Niet. Desoles. S'il y a des problemes ? Euh... non, l'Iran c'etait super. Pourquoi ? Nous pouvons sortir. C'etait le docteur.
Le top chrono est lance, nous avons moins de 5 jours chez les turkmenes (pour un visa qui nous coute 55$ et un droit de passage de 12$ par personne quand meme...). A chaque passage frontiere, les visages changent. Les femmes, toutes en couleurs, qui ont de la prestance et du caractere, qui ont de la "gueule". Certainement pour tenir debout devant des hommes aux allures bruts... Nous filons a la premiere ville pour changer quelques dollars en manats. Plus de panneaux d'indications, des inscriptions en cyrillique. Des grosses bagnoles flambantes neuves, clinquantes et brillantes, des chauffeurs aux lunettes noirs et dents dorees qui baissent les vitres pour nous demander d'ou l'on vient. Des scenes sur la mafia russe sorties directes d'un film americain.

J'apprehendais un peu la sortie du nid douillet iranien. Xavier, lui, retrouve peu a peu le contact franc mais non moins affectueux de la culture russe. Rapidement, on nous accompagne pour trouver une banque. Fermee entre 12 et 14h, un homme nous fait signe. Voulez-vous manger ? Pourquoi pas, suivons-le. Bientot assis sur un tapis, une enfant en jupette nous dresse un nappe et y pose le the. Une mamma dans la cuisine nous passe une assiette pleine de ces galettes triangulaires fourrees a la viande... Et voila, bienvenue.  Engouffre ce delice en quelques minutes, notre hote nous rassure : voila des coussins, couchez-vous. Apres manger, c'est la sieste. Comme tout le monde. Un interieur boise et des peintures bleutees, le tissu fleuri des femmes et le beret pour les hommes a la peau mate. Le voile, si lourd en Iran, est maintenant porte de maniere differente, voir plus du tout. Nous fermons les yeux. Voyage aux Antilles dans un bain russe...

Nous prenons la route qui coupe a travers une plaine desertique pour rejoindre Mary au plus court. Une voiture banalisee nous suit, puis fini par nous demander de nous arreter. "Je suis de l'immigration. Vous ne pouvez pas passer par ici. La route s'arrete dans quelques kilometres, c'est le desert et... faites voir votre visa ? Visa transit ? Retourner alors sur la route principale". Nous expliquons alors qu'a velo, c'est la route la plus directe. Que nous sommes bien equipes et que nous avons assez d'eau et de nourriture pour etre en autonomie. Il nous laisse partir. Nous redemandons aux locaux qui nous confirment que la route reste pratiquable. Nous passons 2 jours a pedaler sur du sable volatile, mousseux, ou un reste d'asphalte fait parfois surface. Des "souris du desert" aux longues queues, des fourmis geantes et des moustiques voraces. Deux nuits au milieu de nulle part, pour le coup, sans un chat...
Mary, "grande" ville du Turkmenistan qui nous donne un apercu plus juste de la mixite des visages turkmenes. Silhouettes fines aux yeux brides, cheveux blonds ou roux parfois qui nous surprennent. Quelle drole de mix ce pays aux portes de la Chine, aux influences de l'ex URSS, ou le voile est optionnel, mais ou la biere et la vodka sont les boissons populaires...

Nous filons tant bien que mal sur Turkmenabad. Apres un camion stop sans succes et une galere aux guichets pour degotter le fameux ticket de train apres 10 heures d'attente et une dizaine de "ticket niet"... Ces quelques jours n'auront pas suffit pour traverser tout le pays, mais nous aurons permis d'entrer quelques familles turkmenes.
Deja la frontiere turkmene-ouzbek. Rebelotte, un homme derriere son bureau me dit d'approcher, et me tend un truc en plastique noir sur le front. "clic". Bon sang, une blague avec un flingue ? Ils en seraient capables. Non c'est ta temperature. 36, c'est bon. C'etait un autre controle medical. Visa transit : memes regles pour les cyclo que les poulets en batterie surement. On pourrait avoir des kilos d'heroine dans nos bagages que personnes s'en rendrait compte. Oh, c'est quoi ce bout de journal ? La photo du president turkmene a velo. Ah non, ca, ca ne peut pas sortir d'ici. Confisque. Ce que l'on voit de leur dictature doit rester dans le territoire.

11 aout 2013, Ouzbekistan.

Boukhara, un 13 aout... Si les ouzbek aussi sont tres hospitaliers (comme la plupart des locaux depuis notre sortie d'Europe), le gouvernement, lui, l'est moins. Comme en Iran, nous ne sommes pas autorises a dormir chez l'habitant, et l'ouzbek prend des risques a nous accueillir. 72h se sont ecoulees depuis notre entree en Ouzbekistan, nous devons alors nous enregistrer dans un hotel habilite a recevoir des touristes et a donner ces precieuses cartes d'enregistrement. Cette histoire d'enregistrement est apparament serieuse, des echos recents d'expulsion finissent de nous convaincre. Nous tentons alors de nous enregistrer directement a l'OVIR pour eviter de payer les hotels et de decliner les invitations spontanees des locaux. Non, le seul moyen de s'enregistrer, c'est l'hotel. "Allez dans n'importe quel hotel, et donner un peu plus d'argent... prenez la carte d'enregistement et filez..." - nous chochotait un officier... Apres les visas, ces enregistrements sont un bon moyen de controle par l'argent... y etre confronte pour la premiere fois aussi durement maintenant nous met a l'epreuve. Nous avions evite jusqu'a present de mettre les pieds dans quelquonque hotel, nous allons devoir y mettre un terme. Dommage, le voyage veut ca. Enfin... surtout les autorites ouzbeks.

Ah... l'Ouzbekistan. L'Ouzbekistan et sa reputation de policiers corrompus. A quelques kilometres de la frontiere, une voiture s'approche. Une vitre se baisse et un homme tend un billet de dollar et sa carte de police. Ils descendent. Un relent de vodka et les yeux brillants de nos deux comperes nous disent qu'ils sont deja ronds. Il est 10h du matin. Curieusement, il fini par nous embrasser et nous prendre en photo. Nasvidania ! Ouf. Epique ces policiers. De grands sportifs ! Peur de rien.

Boukhara, Samarcande... villes musees que nous scannons rapidement a velo. Chargees d'histoire, leurs monuments nous emerveillent le temps d'une journee qui ne suffit certainement pas a comprendre ce qu'il a pu s'y passer...  En plus des visas qui expirent et du visa chinois qui reste en suspend, il faut pedaler vite. Et il faut foncer a Tashkent. Et recuperer le bloc du Rohloff. D'ailleurs, il nous faut encore trouver le sacrosaint "internet cafe" pour appeler une derniere fois le service Rohloff qui ne nous donne pas de nouvelle. Il faut le relancer, une fois de plus. Appeler la centrale en Allemagne pour donner un coup de collier. Nous approchons Tashkent, et toujours pas de confirmation d'envoi du nouveau bloc qui devrait pourtant deja etre arrive, comme convenu 1 mois auparavant par telephone... Ca nous travaille. Et les registrations tous les 3 jours. Et les controles de police. On en a marre. Merci a vous, locaux du quotidien, qui nous ouvrent leur porte pour partager le repas ou nous abriter pour la nuit !

Tashkent. Comme a chaque fois que nous rentrons dans une grande ville, un pic de stress a tendance a nous emporter. Nous courrons depuis notre arrivee, pas une seconde pour nous. Le visa chinois a faire. Le bloc du Rohloff a chercher, des soucis mecaniques a regler. 4h d'attente devant l'Ambassade chinoise nous fatiguent bien plus que 100km en une journee.
Ahh... Tashkent. Sommum du culte presidentiel, exemple parfait de l'ex-Republique sovietique. Les rues droites et froides, seules routes neuves du pays... des policiers a chaque carrefour qui nous demandent de rouler sur le trottoir lorsque le president Karimov (au pouvoir depuis 1991) est de sortie. A l'instar de Dushambe. Son portrait est dans les rues, la ville s'arrete lorsqu'il se deplace. Les ouzbek nous assurent qu'ici, c'est "problem niet". Coupures d'electricite, stations essences fermees ? Oui mais, tout le monde a de quoi manger nous dit-on. La visite du musee national, section "histoire moderne", complete le tout. Nous regardons les exploits et avancees qu'a apporte le president. Propagande sur les succes de la modernisation d'un pays en retard. Energie, Industrie, Culture voiture. Tout y est. Ouverture aux investissements etrangers. Un Etat engage dans la lutte contre le terrorisme, images du 11 septembre a l'appui et serrage de mains avec Bush. Bref, un ex-pays sovietique de culture musulmane en voie d'occidentalisation. Parfait. Non ?


Puis nous sejournons chez Stanislav. Une curiosite et un enthousiasme a la decouverte, un coeur sur la main. Dans le petit appartement de sa mere mis gratuitement a sa disposition a l'epoque sovietique, nous voyageons dans une sequence du film "Goodbye Lenine". Ce soir, Anna arrive aussi. Allemande, de Dresdes. Ex-Allemagne de l'Est. Je plaisante en lui disant qu'elle pourra echanger avec la famille de Stanislav sur les "Ostalgique" d'ici. Plaisanterie qui devient bientot de reelles discussions tres serieuses. Je ne sais pas, ou j'essayais d'imaginer en tout cas, ce que des discussions entre trois europeens suspicieux du mondialisme et de sa gestion, et un ouzbek russe berce par une mere nostalgique de l'epoque sovietique ont pu creer chez Stanislav. Nous racontons nos doutes sur une Europe en crise et les mefaits d'une mondialisation pilotee par quelques riches lobbistes, nous demandons pourquoi la periode russe en Ouzbekistan etait mieux ? Reponse apres reponse, je vois Anna se decomposer. Elle s'essaie de nouveau a reformuler, a traduire du russe a l'allemand, du francais au russe. Sa voix augmente, ses joues rougissent, elle s'affale sur le dossier de sa chaise. "Brainwashing". C'est fou, nous dit-elle. "Il est completement lessive par la vision de sa mere, reflet de la propagande communiste". Stanislav semble croire avec difficulte a ce qui peut se raconter autour de la table. "I can not believe, that few person control us and our behaviour".  L'eloge d'une doctrine fondamentalement bonne... "L'effondrement du bloc sovietique est lie a des erreurs que les dirigents communistes eux-memes reconnaissent", insiste-t-il. Philosophie incarnee, idolatree, transcendant leur vision du monde moderne. "L'URSS etait une bonne chose, et la preuve en est : a voir l'Afghanistan, dans quel etat est le pays aujourd'hui ? Et contrairement a l'Ouzbekistan, il ne faisait pas partie de l'URSS...".
Je m'assieds sur le canape, et regarde la mere de Stanislav se laisser aller dans la magie et la melodie des morceaux de Bethoven qu'Anna leur offre a partager, s'echapper pendant quelques minutes de ce petit appartement dont elle ne sort peut-etre pas, le sourire au coin des levres... Et l'imagine racontant a Anna en large et en travers la vie de son unique fille mariee a un russe, que son autre fille reste ici parce qu'elle ne veut pas aller vivre avec son mari ouzbek. Que la fin de l'URSS en Ouzbekistan a degrade le pays. Que de plus en plus, on parle ouzbek dans les rues, disait-elle, elle dont les parents immigraient ici quelques dizaines d'annees plus tot. Nous quittons Stanislav pour rejoindre le Tadjikistan. Je me demande ce qu'il pense de ces soirees a discuter de tout ca. De quelle perspective il nous ecoutait...

Les "retrospectives" de Xavier (1)

Notre destination "finale" a bien change. Au debut donc, c'etait l'Inde via le Pakistan... Malgre nos passages a l'ambassade pakistanaise a Paris, puis Athenes et Ankara, le refus de nos demandes de visa a ete net. C'est bien le seul pays qui ait la meme politique d'ambassade partout dans le monde et pour toutes les nationalites : dans le pays de residence uniquement. "Pourquoi n'avez vous pas fait votre visa a Paris ? Pourquoi n'etes-vous pas mieux organises ?". Le consulat a Paris, n'ayant meme pas pris soin d'observer les pieces amenees nous a enumere ce qu'il fallait fournir (dont la plupart etaient sous ses yeux) : copie du passeport, 40euros, photos d'identite, releve de compte bancaire, itineraire detaille, reservations d'hotel, billet d'avion retour et, le plus dur, visa chinois ou indien... puis entretien quelques mois plus tard avec le consul une fois ce dossier constitue. Bref, le tout sur un ton dissuasif et expeditif. Le president de l'association franco-pakistanaise nous confirmait quelques jours apres que la politique de l'ambassade etait de fermer les portes au tourisme, certainement face aux derives des touristes eux-meme une fois au Pakistan (entree dans des zones non recommandees, utilisation abusive d'images desservant la culture pakistanaise...). Sur son conseil, on tentait notre derniere chance a Ankara, les relations turco-pakistanaises etant plutot bonnes... Mais n'etant ni turque ni resident en Turquie, impossible de faire une demande ici non plus. Pas grave, on s'y attendait, on savait que le visa paki n'etait pas gagne. D'ailleurs maintenant, l'ete etant deja bien installe, descendre au sud de l'Iran sous ses 60 degres, c'est pas le meilleur moment. Arrives a Teheran, on se penche alors sur le plan B, via le Turkmenistan, Ouzbekistan, Kirghizistan puis la Chine pour rejoindre "l'autre bout". L'essentiel n'etant pas la destination, mais le voyage lui meme...

Le visa iranien a par contre ete plutot facile a obtenir, malgres 80 euros extra (2x40) payes a une agence a Ankara, pourtant recommandee par l'ambassade iranienne d'Ankara. Cette agence ne nous a jamais rappele ni envoye de mail pour nous donner le fameux numero d'autorisation delivrant le visa. A-t-il fait son travail ou simplement empoche les billets ? Malgre tout, 3 semaines de route plus tard, nous arrivions au consulat d'Erzurum avec la facture que nous avions demande a l'agence... Le consul, tres comprehensif, a debloque la situation apres 3 jours d'attente et de procession au consulat... La patience, encore une fois, a porte ses fruits.
Un soir sur le bivouac, on pose les yeux plus serieusement sur cette route B d'Asie centrale. On realise que, par cette route, on aurait la possibilite d'emprunter la route de la Pamir (M41) au Tadjikistan pour rejoindre le Kirghizistan. Une belle occasion d'observer les choses d'un peu plus haut... On se penche de plus en plus sur cette route. Des cols a plus de 4000m d'altitude, le commencement de la chaine himalayenne attise notre curiosite. Notre "timing" est encore bon, il est encore temps d'emprunter cette route pour rejoindre la Chine avant que le grand froid en prenne possession pour plusieurs mois...

Retrospective de ces 7000km ?
Aucune raison de se plaindre. Tellement chanceux de pouvoir vagabonder au gre des vents et des rencontres. Je dirais : la "con-tem-pla-tion !" quotidienne, l'observation et les echanges nous nourrissent pleinement. Jusqu'ici, aucun hotel, ni camping, ni de bus, ni de train. Parce que jusqu'a present, il n'y en a pas eu besoin. Sans etre des "puristes", loin de la, cela risque de changer... Notamment a cause d'un visa iranien trop court (1 mois pour 2000km) et tant de chose a visiter en Iran, les visas a faire a Teheran (Turkmenistan, Tadjikistan). Et un visa turkmene de 5 jours pour 600km. Et l'envie d'etre a Dushambe au plus vite pour entamer la route de la Pamir... Pas de gros soucis physiques non plus : petite tendinite rotulienne pour Camille, quelques piqures de moustiques voraces (surtout pour Camille), une tourista gaiement partagee a 48h d'intervalle avec 3 jours de diarhee pour ma part. Pas tellement de soucis mecaniques non plus : un cable de frein, un patin de frein, une reparation (collage PVC) sur les sacoches avant de Camille qui ont tres tot commence a souffrir de quelques trottoirs (merci d'ailleurs a Pashke de Lasha en Albanie de nous avoir heberge et prete son garage pour reparer tout ca !!). Recemment, mon Rohloff a fait des siennes. Apres plus de 70.000km et un tour du monde avec Georges, des sautements et craquements sont survenus dans le bloc un peu avant Tabriz. Les cables pourtant de tension bonne, l'huile encore bonne (6300km), tout est conforme et bien regle, je ne comprends pas... C'est maintenant ! Merde! Comment faire... Contacte aussitot Vincent Goetz, de Rohloff France. Ayant explique la situation, il a ete comprehensif et va faire envoyer un autre bloc a Tashkent, en Ouzbekistan. L'embargo sur l'Iran l'empeche de l'envoyer a Teheran... Sur ce genre de probleme, pas grand chose a faire. Mais le service Rohloff est efficace, en un appel de 20min, l'envoi etait decide. On fera le detour par Tashkent pour changer le bloc avant de partir pour Dushambe et entamer la Pamir.


Nous ne sommes pas les seuls a vouloir cette envie d'aventure, de changement et d'experience "autour du monde". La preuve en est du don que m'a fait George. Retraite, il a passe 3 ans a voyager en velo. Marcel, 65 ans, avec qui nous avons partager quelques journees, profite lui aussi de sa retraite. Jess et Alban, ce couple franco-suisse en Pino haze, qui partent rejoindre en premier lieu l'Asie du sud-est. Et tant d'autres sur ces 10 ou 20 dernieres annees certainement. Le voyage a velo est devenu une maniere de voyager populaire, du moins plus commune de nos jours. Preuve en est aussi : cet iranien que l'on a rencontre sur la route. Il prend en photo et suit les blogs de tous les cyclo qui sont passes en face de chez lui. Il a repertorie quelques 150 personnes en 16 mois, passees par la meme route que nous. Le voyage a velo est a la portee de tous maintenant. D'ailleurs, je dirais que sur ce genre d'experience, il y a 20% de physique... et 80% de mental. Revolu le temps des premiers cyclo explorateurs, charges bien plus que de nos jours. Souvent, on essaie de s'imaginer le voyage a velo "comment c'etait avant". Les routes etaient des pistes, telephone et internet n'etaient pas si presents qu'aujourd'hui. Les visas, pour les plus culottes, pouvaient etre trafiques pour une extension. Et qu'en etait-il des ennuis mecaniques ? Pas de service international Rohloff ni de DHL. Nous envions parfois cette epoque...

L'Iran, post-election...

Du 9 juillet au 7 aout 2013

"Welcome in Azerbaidjan. "Le poste frontiere nous fait descendre des plateaux Kurdes chez les Turques Azeris.  Des mosquees bien plus rares qu'en Turquie, des toits nus d'ou les paraboles ont disparues, des fruits et sucreries caches sous le manteau, c'est comme un faux decor ou l'on sent de la retenue et ou chacun se doit de jouer un role qui n'est pas le sien. Le sens de l'hospitalite chez les iraniens nous font decouvrir l'envers du decor. Dictature religieuse qui les maintient enfermes, les iraniens accueillent l'etranger bras ouverts et gorges d'enthousiasme. Les voitures s'arretent, on nous demande d’accepter de l'eau fraiche, du soda, du melon... Dans la rue, sur le bivouac, on vient nous chercher, on nous invite, puis on nous remercie d'avoir accepte. Outside, Inside. On ferme la porte, les femmes se devoilent, on dresse la table a meme la terre, et on ecoute les histoire de chacun. Peu a peu se leve le voile que l'Occident met sur l'Iran...

Les jours passent et nous apprenons a nous laisser porter par l'enthousiasme a l'iranienne. Chaleur, affection et delicatesse. Tellement touches par cette amitie sincere et cette ecoute attentive, ce climat d'oppression politique attise notre compassion tant et plus. Surveillance policiere, omnipresence militaire, controle mediatique et des reseaux sociaux. Nous avons certainement les memes. Ici, elle se fait a ciel ouvert et rappelle sans cesse a tous les libertes qu'on leur a enleve. Nous comprenons mieux la peur d'un retournement politique radical qu'expliquaient les turques dans les rues d'Ankara. "Nous craignons d'un autre Iran"... On raconte ici avec degout l'utilisation de la religion pour asseoir une dictature qui controle et manipule. J'entends encore Arezou me raconter ses histoires qui me font debarquer dans son quotidien. A la tele, on explique aux femmes comment elles doivent s'habiller. Dans la rue, les flics en civil la rappelle a l'ordre pour une tunique trop juste, pour des cheveux devoiles, pour etre acompagnee d'un autre homme que son frere, son pere ou son mari. Pendant le ramadan, plus un point d'eau accessible sur l'espace public. Pas de reponse a une femme enceinte qui demande a se rafraichir... "Camille, ce n'est meme pas ecrit dans le Coran ce qu'ils nous imposent. Et au nom d'Allah". Et malgre tout, depuis 10 ans parait-il, les choses sont legerement plus flexibles... C'est tellement troublant d'observer tous ces gens devant porter une parure qui ne leur ressemble pas. Bien plus proches des europeens que des arabes, tout a coup, je ne comprends plus pourquoi les medias politiques francais font des iraniens de dangereux terroristes musulmans... Pourtant, eux nous le rappellent : "Il y a la politique, et puis il y a nous, le reste". Tres cultives et eduques, tous ont quelques mots d'anglais (y compris les plus vieux), et une grande envie de debat et d'echange d'idees sur notre monde moderne. Et nous, pauvres francais qui ne connaissons meme pas le nom de leur president, meme pas foutus de distinguer les iraniens dans cette propagande geopolitique...

Tabriz, mer Caspienne, Teheran...
Les iraniens... toujours presents pour nous souhaiter la bienvenue et nous rappeler que, si nous avons besoin d'aide, il ne faut pas hesiter... Y compris ce jour ou nous arrivions a Teheran. Ce champion de velo de course (2eme d'Asie) et son mecanicien nous ont mis sur le chemin de l'hyper-centre, ce qui a ete une aide precieuse pour penetrer la megapole et nous ont meme donne d’utiles sponsors (cables de frein, clef torque, chaine Shimano, vis...). Il fait chaud, surement plus de 40 degres, les poignees de frein et le cadre du velo sont eux aussi montes en temperature, on le sent bien quand il faut freiner... Il nous aura fallu toute la journee pour parcourir les derniers kilometres qui nous separaient du dernier champ de mais a l'appartement de Mehdi qui nous accueilli spontanement. Mehdi. Plutot discret et pratiquant, il vit seul et, lui, ne nous parle pas du gouvernement. Il n'a pas non plus invite Camille a enlever on voile. Son metier se fait sur internet, sorte de "media researcher" pour le gouvernement...
A chaque nouvel accueil, on s'entete a reposer nos questions. Comme si on ne pouvait s'en empecher, on veut chercher en vain pour essayer de comprendre ces mysteres qui nous depassent. On tente une mise a jour des evenements passes. Hossein nous parlait du danger des revolutions, car elles entrainent ou permettent l'instauration d'un regime plus dangereux encore que le precedent... Nous decouvrons ainsi un Shah d'Iran dont on respecte la memoire. Le regrette de la dynastie qui assurait une bonne economie, voulait porter l'Iran plus haut que le Japon et entretenait des valeurs patriotiques. Le temps ou le voile etait optionnel. Le temps ou l'on priait chez soi et l'on trinquait a l'exterieur. C'est troublant de se promener dans la maison-musee du Shah, ou l'on vient se ressourcer dans la nostalgie d'une autre epoque. Comme si l'on errait a Versaille en regrettant la monarchie. En 1970, les partis politiques iraniens profitent de l'envie de nouveaute ou de changement des citoyens. Ras-le-bol de la dynastie Pahlavi. Peu a peu, on utilise les erreurs du Shah et l'on fait de certains evenements des generalites. Le Shah devient un "cruel king" qui utilise la torture et vit dans le luxe en laissant son peuple dans la pauvrete. D'ailleurs, la maison du Shah semble etre un outil interessant de propagande du nouveau regime. Elle permet d'etre la memoire de ce temps inegalitaire et des opulents privileges du Shah. Les ecriteaux semblent justifier et legitimer la Revolution de 1979. "Following the victory of the islamic revolution"... C'est comme si Erdogan avait ecrit les commentaires du musee Ataturk. On utilise alors la religion et le ras-le-bol d'un imperialisme americain, exploiteur des ressources iraniennes. En 2 mois, le regime bascule.  A l'instar de 1789, il en est alors fini de la monarchie. Khomeini, garde au chaud a Neauphle-le-Chateau, est porte a la tete du gouvernement. L'Ayatollah, chef du clerge en sorte, concentre les pouvoirs et imprime son visage sur les nouveaux billets. "Down with USA, down with Israel", les frontieres se ferment et les echanges commerciaux se concentrent sur la Chine, la Russie et les Etats voisins (Irak, Turquie, Azerbaidjan).
Et puis, tout s'emballe, on se melange les pinceaux. Pourquoi l'embargo sur l'Iran? et cette equipement nucleaire que l'Occident denonce, est-ce une excuse pour faire la guerre, denoncer une dictature religieuse, pauvres iraniens opprimes, pour faire sauter le regime, avoir acces aux ressources petrolieres et eclater un autre pays musulman ? Et la Syrie alors ? Et la guerre Iran/Irak au fait ? Finallement aujourd'hui, l'Iran supporte la Syrie, la Palestine et le Liban ? Et les sionnistes dans tout ca ? Quelle naivete d'essayer de s'y retrouver... Tout le monde s'y perd, on ne sait meme plus ce que l'on disait a l'epoque. Et puis on ne fait plus confiance de toutes facons... A plusieurs occasions, on nous le repetait : "They say, and we must believe it. So we think this is real". Alors, peu a peu, on laisse tomber nos recherches maladroites, et on ecoute ce que l'on veut bien nous raconter... La monnaie perd jour apres jour de sa valeur. Le cout de la vie monte en fleche. Le petrole est moins chere que l'eau (10 centimes d’euro, soit une bagatelle), mais rares sont les stations essence et les iraniens sont rationnes. On travaille tant et plus pour arriver a assumer la famille, acheter la voiture, louer l'appartement, s'offrir quelques jours de vacances. Masoud court et s'impose un rythme demeusure pour tenter de joindre les deux bouts. Apres Ahmadinejad, certains mettent de l'espoir sur Rohani. Quoique, nous dit-on, il faut choisir parmi les elus du guide supreme : "you choose the one I choose". Tiens tiens, et chez nous, comment sont-ils selectionnes ?
J'observe toute l'attention qui nous est donnee. L'oreille a l'ecoute, la main sur le genou de Xavier et les yeux concentres sur les paroles que l'on souhaite dire. L'iranien se demene pour s'assurer de notre bien-etre chez eux. Raffines, delicats, ils anticipent et nous prennent par la main. "Vous etes fatigues, voyager a velo demande beaucoup de force, il faut vous reposer. Ici c'est la douche, et donnez moi votre linge a laver". Le moindre indice devient une perche parfaite pour satisfaire leur culture de l'accueil. Oui, tant et si bien... "I think this is very good for you".
Nos recits, notre attitude, nos questions peut-etre font reagir Arezou : "vous etes si simples", me dit-elle avec ce sourire franc, spontane et bonde d'humilite. Un autre couple qui nous accueillait pour notre derniere nuit en Iran (a Saraks) nous racontait aussi le ras-le bol d'une societe materialiste et du niveau d'equipement socialement impose et inscrit dans nos traditions modernes. Un homme voulant se marier se doit d'assumer la location d'un appartement, l'achat d'une voiture. La belle-mere se charge du mobilier d'interieur, du salon a l'electromenager en passant par la chambre a coucher. On nous raconte la crainte d'une culture qui s'effiloche avec le renfermement de l'individu sur lui-meme. Fruit de l'augmentation du cout de la vie et de l'infiltration de certaines valeurs occidentales, la generosite et la solidarite a l'iranienne prennent retraite. Comment etait-ce alors en Iran lors de ses annees prosperes ?


Traverser un petit bout du monde a velo nous fait decouvrir un paysage qui evolue, la culture avec. On ne prenait pas la peine de nous degotter un garage ou une grange dans le Tirol autrichien (en toquant chez les pompiers qui plus est) ou dans les montagnes grecques (en nous repettant pourtant que... "c'est tres bien ce que vous faites !"...), alors qu'ici, il faut choisir quelle invitation accepter. "If you want, you can come at my home. You are my guest."? Combien nous l'ont spontanement propose. Nous refaisons le monde avec eux, se sentons comme amis de longue date. Nous repartons en s'arrachant a des personnes au coeur gigantesque. "Are you sure, you want to live tomorrow ?" Pour voyager encore un peu, il nous demandent de laisser nos photos depuis notre depart de France. Oui, bien entendu. Puis nous filons. L'emotion aux bords des yeux, les iraniens nous aurons saisis les tripes. Je repense a l'ambassade de France a Teheran... "Vous avez consulte notre site internet ?"- Euh... Bien entendu.- "Vous savez que nous ne recommandons pas aux ressortissants francais de voyager en Iran?" - Bien sur.- "Vous etes ici depuis longtemps ?" Quelle blague...